Delhi

Delhi

Cette fois, je débarque en Inde. Je ne peux pas dire que je ne connaisse rien de ce pays puisque, comme d’habitude, j’ai beaucoup lu avant de venir. J’ai beaucoup parlé et regardé de reportages également. Aussi ai-je bien une idée globale de l’économie, de la politique, de la religion ou encore de Bollywood. Je connais les coins à visiter, les quelques incontournables et les recettes à tester d’urgence. Pourtant, je ne connais rien de ce pays. Je ne sais pas l’odeur des gares routières. Je ne sais pas la couleur du thé. Je ne sais pas si les vêtements collent à la peau en cette saison. Je ne sais rien.

Je débarque dans un pays qu’on adore ou qu’on déteste au premier coup d’œil, paraît-il. J’ai toujours entendu parler de ce choc culturel qui accompagne les premiers pas en Inde. On est à la fois émerveillé et dégoûté par ce qu’on y trouve. En ce qui me concerne, je suis en général plus enclin à l’émerveillement qu’au dégoût. Et puis, il faut le dire, après huit mois passés sur les routes d’Asie, je ne m’attends pas plus que cela à être dérouté.

Pour l’heure, j’ai froid. Le premier choc est thermique. Je ne m’y attendais pas ; je ravale ma science issue des livres. Je sors de l’aéroport et repère rapidement le taxi qui m’est attribué. Je le partage avec des Espagnols rencontrés au Bangladesh, histoire de partager les frais en gagnant le centre ville. Direction le grand bazar.

En moins de cinq minutes, je comprends que le grand bazar est partout sur les routes. Même de nuit, la circulation est folle. Je distingue mes premières vaches sacrées qui se prennent de sacrées roustes par des chauffeurs pressés. Un cliché en moins ! L’adaptation, c’est aussi savoir confronter ses idées préconçues à la réalité pour se permettre d’avancer.

Bientôt propulsé dans le cœur de la ville à la vitesse de la lumière, je vois scintiller quelques lucioles au loin. Ce loin est précisément ma destination, j’aurais dû m’en douter. Les lucioles deviennent des feux et les ombres immobiles à leurs côtés se matérialisent. Ce sont des hommes emmitouflés des pieds jusqu’à la tête dans des couvertures marrons ou grises. Les ombres se regroupent dans les rues tous les vingt mètres autour de barils enflammés. Les mains, ou ce qui y ressemble, au-dessus des flammes, renforcent ma première impression sur le pays : il fait froid ici.

Je dois l’avouer, le premier contact n’est pas tout à fait rassurant. Je m’attendais à une profusion de couleurs et tout est sombre. Rien ne bouge non plus, excepté quelques silhouettes dans le renfoncement des portes. Des yeux noirs se tournent sur le passage du taxi qui ralentit. Le chauffeur ne connaît-il pas l’adresse proposée par les Espagnols ? Va-t-il demander son chemin dans un bas quartier déshérité de la ville ? Les portes sont-elles verrouillées ?

Des yeux entrent à l’arrière du taxi. Des lueurs pénètrent mon espace dans une atmosphère de papiers brûlés alors que le taxi s’immobilise définitivement dans une ruelle qui ne me dit rien qui vaille. Je n’ai plus froid du tout. J’hésite à sortir une seconde. Une seconde de trop puisque qu’un homme ouvre ma portière brusquement.

Cette fois, je suis bien en Inde, contraint de fouler une sol poussiéreux qui semble s’échapper sous mes pieds. Face à moi, l’Indien s’accroche encore à la portière et appelle du renfort. Deux autres colosses accourent. L’un deux s’approchent et me dit, presque menaçant :

– Excuse me, you need a room, Sir ?

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