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Trek dans l’Himalaya : Langtang 3/3

Cette partie concerne les jours 9 à 14 du trek, consacrés au Langtang.

 

Jour 9 : Thulo Syaphru – Rimche (5h30)

Gain d’altitude : – 450 m + 650 m (altitude max. 2450 m)

En quittant Thulo Syaphru ce matin, nous rejoignons un des treks les plus fréquentés du Népal. Certes moins parcouru que les Annapurnas ou que le camp de base de l’Everest, le Langtang est tout de même très apprécié des visiteurs étrangers. Et cela ce voit : le chemin s’élargit (impossible de se perdre dorénavant), des points de contrôle de l’armée ponctuent le chemin régulièrement, des inscriptions nous invitent à respecter l’environnement un peu partout et, surtout, le nombre de lodges et de restaurants se démultiplient.

Nous étions habitués à trouver un ou deux refuges de ce style en haut de chaque col, il y en a désormais plus d’une dizaine dans chaque groupement, beaucoup plus resserré en distance. On ne peut plus faire un pas dans un « village » sans se faire alpaguer au son de « have a rest », « you want tea ? », « take breakfast ! » et autres phrases du genre. Pas même de bonjour en général, les vautours guettent et s’ils ne nous prennent pas, d’autres le feront sans doute. Hélas pour eux, nous ne sommes pas des proies faciles. Nous ne nous arrêtons que pour manger nos propres vivres, ce qu’on trimbale dans nos sacs depuis Katmandou. Pour le thé, on attend d’être arrivés à la fin de l’étape quotidienne en nous contentant d’eau sur le chemin. Tous les jours, nous purifions ainsi quatre litres d’eau issus des montagnes himalayennes (ce qui nous fait aussi de belles économies puisque le litre d’eau minérale peut ici s’élever à 2,5 € la bouteille !).

Nous tirons donc définitivement un trait sur le plan humain de ce trek, les plus belles rencontres étant sans conteste réalisées entre marcheurs d’horizons variés.

La descente, après Thulo Syaphru, nous conduit sur notre premier pont suspendu du trek. Il nous permet de franchir la rivière Langtang Khalo que nous suivrons pendant la semaine à venir, jusqu’à Kyanjin Gumba. Fini le temps des ponts en bois, et des frayeurs qu’ils pouvaient occasionner, ici tout est métallique et rassurant. La rivière sous nos pieds serpente dans un canyon verdoyant de chênes et de mélèzes notamment.

Sur le pont, sont accrochés des drapeaux de prières multicolores avec toutes leurs habituelles inscriptions sacrées afin que les mantras des fidèles accompagnent les pèlerins dans leur marche. Le pays est à majorité hindou mais le bouddhisme est très présent dans les montagnes et cela se ressent encore plus dans le Langtang.

 

La rivière se gonfle d’orgueil à nos côtés et crache à présent d’impressionnants rapides. Elle s’alimente de toutes les cascades qui la rejoignent depuis les flancs des montagnes de part et d’autre. Le cadre du trek a complètement changé en quelques jours (à vrai dire en quelques heures) et le dépaysement est constant.

A l’heure du déjeuner, nous décidons d’écourter l’étape et de poser nos bagages à Rimche après tout de même cinq heures trente de marche. Les courbatures du passage du col de Laurebina et de la descente qui a suivi se font bien sentir et nos muscles demandent une trêve que nous leur accordons volontiers.

Le soir, nous faisons la connaissance de deux Français, récemment retraités, Mireille et Jean-Marc. Ils font le même trek que nous dans l’ensemble, mais naturellement dans l’autre sens, beaucoup plus facile et logique. Ils sont accompagnés, pour leur part, d’un guide et d’un porteur. Le couple de médecins est fascinant. Ils n’ont jamais cessé d’arpenter les montagnes et sont une véritable mine d’informations pour les treks à effectuer, notamment au Népal en Inde ou encore au Pakistan. C’est un bonheur de les écouter parler de leurs aventures en toute simplicité autour d’une bonne tasse de thé au lait, près du poêle central de la salle à manger, avant que la nuit ne tombe.

 

Jour 10 : Rimche – Chyamki (3h)

Gain d’altitude : + 780 m (altitude max. 3230 m)

Dixième jour de trek. Nous sommes bien ragaillardis et ne sentons qu’à peine le dénivelé que nous propose le Langtang ce matin. Nous continuons de suivre la rivière et les cascades se font plus grandes et plus belles à mesure que nous progressons en altitude. Nous retrouvons également des sommets enneigés que nous pouvons apercevoir au fond du canyon.

Si la neige a bien fondu, nous rencontrons toujours autant de yacks. Même des bébés que nous pouvons approcher sous l’œil vigilant de leur maman qui surveille non loin. Ces yacks, nous les imaginions plus gros, en réalité. Plus petits que des chevaux et moins gros que des vaches, ils ne sont remarquables que par leurs cornes parfois menaçantes. Pour leur progéniture, en revanche, pas de souci, ce sont des agneaux (demandez à Jo’ s’ils ne sont pas trooop mignons…).

Autour de nous, des grappes de chevaux sont aussi en liberté. Ils sont magnifiques, bien qu’un peu maigres, et nous rappellent la présence du Mustang voisin.

Après de nouveaux ponts suspendus, nous posons une nouvelle fois nos sacs dans un refuge qui semble idéal : isolé sur un flanc de montagne, vue sur la rivière et les sommets avoisinants, calme et paisible. Une nouvelles fois, l’hospitalité n’est pas au rendez-vous. Le type du lodge croit bon de sans cesse changer le deal initial pour tenter de soutirer un maximum d’argent. Il essaie bien de faire partager la chambre de Nicolas avec d’autres marcheurs, de nous faire prendre un lit simple pour un lit double pour qu’on se serre avec Jo’, rien n’y fait, nous sommes blindés et n’attendons que le lendemain pour fuir le lieu et retrouver nos montagnes, comme chaque jour.

Heureusement, les enfants du coin n’ont pas encore la même mentalité que leurs parents et un air de guitare suffit à leur donner un sourire qui nous ravit. Il en faut peu, autant pour eux que pour nous, pour retrouver du baume au cœur.

 

Jour 11 : Chyamki – Kyanjin Gumba (3h30)

Gain d’altitude : + 600 m (altitude max. 3830 m)

Nouveau réveil matinal. Nous partons alors que le soleil effleure à peine les pointes les plus inaccessibles des plus grands pics du Langtang. Autour de nous, les animaux dorment encore. Seul le tumulte de la Langtang Khalo se fait entendre.

Le paysage se découvre peu à peu et c’est un extraordinaire plateau de moyenne montagne qui se livre à nous. Les flancs déboisés des montagnes nous semblent d’une aridité extrême en comparaison de ce que nous avons vu jusque là. À nos pieds, la végétation se raréfie également et l’on ne trouve que des arbustes et de l’herbe jaunie dont raffole chevaux et yacks.

Les contrôles militaires se multiplient sur le chemin et l’on nous demande fréquemment nos permis de trek. Nos noms sont consignés dans un grand registre qui sert davantage au décompte des visiteurs annuels qu’à notre sécurité, objectif pourtant annoncé de ces autorisations délivrées depuis Katmandou.

Bientôt, nous arrivons au bout de la vallée de Langtang. Kyanjin Gumba nous ouvre ses portes, petit village perdu au cœur des montagnes. Nous sommes nichés au centre de nouveaux géants qui dépassent souvent les 6000 m et parfois bien davantage comme le Langtang Lirung qui nous protège du haut de ses 7227 m.

Sur les sommets, où que l’on regarde, la neige est parfaite et semble éternelle. Nous avons une incroyable chance d’avoir un ciel totalement dégagé en cette matinée idéale en forme d’achèvement de trek. Pourtant, nous souhaitons côtoyer d’un peu plus près les étoiles et nous mettons en quête d’un nouveau sommet avec Nicolas.

Bien vite toutefois, nous ferons marche arrière. Au milieu de notre ascension, nous croisons un groupe de Flamands dont une femme s’est blessée à la jambe. Nicolas, en bon compatriote, propose de la porter un peu pour regagner le village et je tente d’aider du mieux que je peux. La montagne nous lance des avertissements : le trek n’est pas terminé et nous sommes bien faibles face à toute cette démesure.

 

Jour 12 : Kyanjin Gumba – View Point – Kyanjin Gumba (3h)

Gain d’altitude : + 700 m – 700 m (altitude max. 4530 m)

Nous repartons aujourd’hui à l’assaut du pic dont nous n’avons point vu le sommet hier. Cette fois rejoints par Johanna qui souhaite observer le village vu du ciel, nous reprenons notre marche vers des hauteurs qui nous conduisent pour la seconde fois au-dessus des 4500 m.

Le souffle est court et les pas sont lents mais, une nouvelle fois, la récompense est merveilleuse. Ce nouveau point culminant nous offre une vue panoramique fabuleuse sur les glaciers, les crêtes et les géants tibétains à quelques cinq kilomètres de là.

Nous sommes encore accueillis par des drapeaux de prières auxquelles nous joignons les nôtres pour nos proches, qu’ils soient de France ou d’ailleurs.

La beauté du Langtang est extraordinaire et nous sommes fiers d’être parvenus jusqu’ici, dans un cadre onirique qui ne se laisse deviner que pas à pas pour mieux être apprécié. Nous savourons, à n’en plus nous arrêter, la chance que nous avons de découvrir ce nouveau trésor de la nature. Les mauvais aspects du trek sont vite effacés face à ce que nous ressentons à présent. Nous ne regrettons en rien cette aventure himalayenne dont nous rêvions tous les deux depuis longtemps.

 

Jour 13 : Kyanjin Gumba – Rimche (5h10)

Gain d’altitude : – 1380 m (altitude max. 3830 m)

Cette fois, il nous faut redescendre par le même chemin pour rejoindre la vallée d’où nous gagnerons la capitale. En une matinée, nous effectuons ce que nous avions mis deux jours à monter. Les falaises sont toujours aussi impressionnantes. Les cascades n’en finissent plus de se jeter dans la Langtang Khalo. Les animaux nous saluent une dernière fois.

Le chemin est encore placé sous la protection des prières bouddhiques avec nombre de moulins à eau et de stèles alignées sur des centaines de mètres, tout au long des sentiers du Langtang.

Le soir, nous nous retrouvons une dernière fois autour du poêle chaud de Rimche avec Nicolas, Mireille et Jean-Marc comme des adieux lancés à la montagne. Cette fois, plus rien ne saurait nous ralentir, d’autant que le temps se gâte pour ne nous laisser aucun regret.

 

 

Jour 14 : Rimche – Syaphru Besi (4h30)

Gain d’altitude : – 950 m (altitude max. 2450 m)

C’est, sous des trombes d’eau, que nous gagnons aujourd’hui Syaphru Besi, beaucoup plus bas dans la vallée. Les pentes sont extrêmement glissantes et le chemin est tapissé de pierres instables et de racines masquées sous des feuillages trompeurs.

Nous ne prenons aucun risque et traversons nos derniers ponts suspendus du trek ainsi que quelques champs de cannabis sauvages avant de rejoindre la civilisation. Demain, nous serons rentrés, pour ainsi dire chez nous, à Katmandou.

Trek dans l’Himalaya : Gosainkund 2/3

Cette partie concerne les jours 6 à 8 du trek, consacrés au Gosainkund.

 

Jour 6 : Ghopte – Phedi (3h30)

Gain d’altitude : + 350 m (altitude max. 3780 m)

Le ciel n’est plus que brume. Nos pieds sont paralysés par le froid avant même de sortir du refuge où nous avons tenté de dormir. Difficile aussi de remplir nos bouteilles tant les canalisations sont gelées. Il a beaucoup neigé cette nuit ; les flancs des montagnes avoisinantes en portent toujours les stigmates.

L’étape du jour doit être courte, une étape de transition avant ce qui nous attend après Phedi. En réalité, nous avons choisi l’option la plus ardue. Personne ne parcourt l’Hélambu et le Gosainkund dans le sens que nous empruntons. Nous ne croisons que des groupes dans l’autre sens, nous tirant leur chapeau et nous souhaitant du courage pour ce qui reste à accomplir.

Pour le moment, nous ne nous préoccupons que d’avancer pas à pas sur des pierres mouvantes, encastrées entre deux parois oppressantes. La neige recouvre parfois des couches de glace et la surprise qui nous attend est cause de montées soudaines d’adrénaline. Pour ne pas nous faciliter le chemin, nous prenons la direction du nord, ce qui signifie que nous grimpons chaque jour sur des flancs sud, où la neige à fondu, mais surtout que nous devons toujours redescendre côté nord, où la glace est traître et source de dérapages incontrôlés à deux pas des précipices…

Certains secteurs sont aujourd’hui totalement recouverts par la neige et cachent des abysses que nous ne souhaitons pas découvrir de si tôt. Nous avançons donc prudemment, parfois armés d’un bâton trouvé en chemin pour assurer les prises.

Sur le chemin, toujours pas le moindre village rencontré. Il faut dire que nous approchons des 4000 m et que le froid est saisissant dans ce coin de l’Himalaya. En revanche, nous croisons nombre de grottes et de cascades en chemin, dans un panorama faits de géants, ceux-là même que nous côtoieront lors de notre passage du col de Laurebina.

Nous arrivons rapidement au refuge qui sera le nôtre pour la nuit. Il est grand temps pour nous de nous reposer, de soulager nos pieds et de masser des mollets qui commencent à souffrir d’être ainsi traités. Le poids du sac se décharge à mesure que nous progressons et c’est un grand bien pour nos épaules également.

Pour le lodge, en revanche, nous avons choisi le mauvais numéro. Nous ne payons pas suffisamment à leur goût et leurs sourires hypocrites s’effacent aussitôt que nous avons payé notre note, le soir venu, puisque nous comptons partir au prochain lever de soleil. Mal nous a pris de vouloir être arrangeants, les voilà qui débarquent dans notre chambre pour récupérer les couvertures supplémentaires qu’ils nous avaient laissées un peu plus tôt.

Peu importe, nous sommes déjà blasés par la vénalité de ces gens qui ne viennent ici, loin de leurs villages d’origine, que pour louer des lodges, soit disant authentiques, et faire du business. Nous en sommes déjà revenus depuis plusieurs jours et ne payons plus que nos repas dans un deal qui semble être courant chez les marcheurs individuels.

L’argent encaissé, on nous chasse comme des parias, le tout agrémenté de commentaires de connivence de la part des guides et porteurs qui voient d’un mauvais œil qu’on parle trop à leur groupe inconscient de ce qui se trame. C’est une véritable mafia organisée où le seul objectif est d’essorer le blanc avant qu’il ne quitte les montagnes. Nous sommes dégoûtés par l’aspect humain d’un trek que nous avions pourtant choisi pour ces présumés rencontres et l’authenticité de ces villages.

 

Jour 7 : Phedi – Laurebina (9h)

Gain d’altitude : + 830 m – 700 m (altitude max 4610 m)

Le petit matin pointe à la fenêtre et nous avons dormi tant bien que mal, collés l’un à l’autre pour ne pas avoir trop froid. Le paquetage est rapidement bouclé. La nuit fut amère et nous quittons le refuge dans une indifférence glaciale.

Dehors, il a encore beaucoup neigé et nous apercevons à peine le sentier qui escalade péniblement la crête qui nous fait face. Nicolas nous ouvre la voie aujourd’hui et il s’en sort plutôt pas mal dans son nouveau rôle de guide de haute montagne. De loin, nous tentons de distinguer des monticules de pierres placés par les marcheurs qui nous ont précédés pour nous assurer du chemin à suivre. Nous croisons nos premiers yacks en chemin. Ils ne sont pas farouches mais ne se laissent tout de même pas approcher de trop près.

Comme il est très tôt, et que nous sommes les seuls à rallier le col dans ce sens absurde de difficulté, nous ne pouvons suivre aucune trace au sol. Ce sont trente bons centimètres de neige qui nous attendent où que nous allions. Parfois, nous nous enfonçons même jusqu’au genoux et la pénibilité devient souffrance. Heureusement, la joie d’ouvrir des voies dans une neige si pure et fraîche nous émerveille et tous nos efforts se voient aussitôt récompensés.

Le vent tourne. Bientôt, nous ne voyons plus rien du tout. Le brouillard remplit à présent tous nos sens et il est très difficile d’avancer. Nicolas fait de son mieux pour nous ouvrir un chemin mais ses pas étant trop grands pour nous, il me faut presque toujours en refaire d’autres pour Jo’ et moi. Les jambes commencent à tirer. Nous sommes dans le dur.

Nous hésitons bientôt sur la direction à prendre. Nous voyons bien ce qui devrait être le col à 4610 m, loin devant nous, mais nous ne pouvons remarquer la meilleure voie pour y parvenir. Semblant voir un nouvel amas de pierres au sommet d’un pic à l’ouest, nous prenons une direction qui s’avèrera être un mauvais chemin, un non-chemin pour être précis. Le brouillard redouble son opacité et nous ne voyons plus à dix mètres. Pire, nous ne nous entendons plus à dix mètres alors que Nicolas est parti en éclaireur.

Dans le doute, nous suivons ses traces dans une ascension périlleuse où les pierres bougent sous nos pieds et où les précipices nous tendent les bras. Après un temps démesurément long où nos nerfs sont mis à rude épreuve, presque autant que nos muscles, nous finissons pas rejoindre Nicolas. Il nous informe qu’il a essayé de nous crier de faire demi-tour, que le chemin était trop difficile, mais que le brouillard couvrait sa voix. Peu importe, nous sommes tous passés.

Ce n’est qu’arrivés en haut d’un nouveau flanc rocheux, surplombant les autres de peu, que nous réalisons notre erreur. Au loin, un groupe redescend du col et nous fait comprendre où se situe le véritable chemin. Nous partons aussitôt dans sa direction pour le rejoindre, gagnant ainsi en confort et sécurité pour le reste de l’ascension. Nous venons de perdre une bonne heure et demie à patauger dans la navigation himalayenne et nous pouvons désormais en rire. C’est bon de relâcher un peu la pression accumulée.

La suite n’est qu’une simple progression dans des traces que le soleil tente de faire fondre pour nous perdre encore. Trop tard, nous voyons déjà le col et ses quelques drapeaux de prières déchirés par le souffle des tempêtes successives qui s’abattent ici. Nous sommes à 4610 m d’altitude, le plus haut point de ce trek.

Comme par magie, le brouillard s’est soudainement levé. C’est un grand ciel bleu qui nous accueille au sommet pour notre plus grand plaisir. Nous sommes toujours entourés de géants de 5000 m et 6000 m mais nous ne nous sentons plus si ridicules à leurs côtés. Nous partageons un instant magique avec ces montagnes si impressionnantes.

La route nous appelle pourtant et nous reprenons notre trek en direction des lacs de Gosainkund que nous apercevons après une nouvelle heure de marche dans la neige. Les lacs sacrés pour les bouddhistes sont complètement gelés à cette époque de l’année, ce qui leur confère des allures de patinoires irrégulières.

Gosainkund est un haut lieu de pèlerinage et nous ne manquons pas à notre devoir : nous faisons tourner les moulins à prières et retentir les cloches qui indiquent notre présence.

Pour marquer le coup, nous dégustons aussi quelques chocolats que j’avais conservés depuis Katmandou pour faire la surprise à Jo’. Un peu de réconfort pour célébrer Pâques à notre façon, avec quelques jours d’avance…

La descente nous conduit ensuite jusqu’au petit village de Laurebina à travers des chemins à flanc de montagne pour le moins fascinants. La beauté du lieu est unique et nous nous perdons cette fois dans l’immensité des hauteurs himalayennes.

Quelques temples et stûpas finissent de nous souhaiter la bienvenue de l’autre côté du col. Nous avons fait le plus dur et tombons dans les bras l’un de l’autre. L’aventure continue.

 

Jour 8 : Laurebina – Thulo Syaphru (5h30)

Gain d’altitude : – 1660 m (altitude max. 3910)

Huitième jour de trek et nous filons à grandes enjambées vers la vallée en contrebas. Un peu trop toutefois puisque, là encore, nous nous égarons en suivant un chemin qui mène droit vers… des toilettes ! Déjà bien rodés par ces contretemps qui nous font rire, nous coupons à travers la forêt, toujours aussi dense à 4000 m d’altitude, et toujours aussi enneigée. Après trente minutes d’hésitations, nous retrouvons le chemin à l’ouest pour descendre de larges sentiers de pierres où la neige fondue se transforme en boue pas très agréable.

Les genoux sont également mis à contribution dans cette journée où le dénivelé négatif est assez impressionnant. Dans l’autre sens, nous croisons des groupes de marcheurs qui utilisent parfois des portages à dos de chevaux ou d’ânes pour faciliter l’ascension.

A mesure que nous descendons, la végétation continue de se bouleverser et nous retrouvons de magnifiques forêts de rhododendrons et des cultures en terrasses. Nous croisons quelques bergers et leurs troupeaux de yacks, ce qui finit de nous faire saliver : c’est décidé, nous achetons aujourd’hui du fromage en arrivant à Sin Gompa !

Il ne nous reste bientôt plus qu’à rallier Thulo Syaphru où se sont encore des drapeaux de prières et des stûpas qui nous accueillent. Par chance, le village où nous posons nos bagages ressemble à s’y méprendre à un vrai village de montagne. Le lodge où nous prenons une chambre est même une véritable maison avec de vrais habitants !

Passé le cynisme de la situation, il est vrai que nous sommes très bien accueillis pour une fois et que nous avons nos premiers échanges avec des locaux depuis fort longtemps. Ceux-ci préparent d’ailleurs une célébration annuelle pour laquelle ils sculptent, avec du riz et du beurre de yack, de petites statues de rituel. Les murs sont recouverts de photos des enfants de la famille qui dorment à même le sol de la salle à manger. On nous fait goûter un alcool au goût indéfinissable et le thé au lait est excellent.

Pas de doute, nous nous réconcilions un peu avec les Népalais des montagnes. Pourvu que cela continue sur les sentiers du Langtang que nous arpenterons dès demain pour une remontée progressive au-dessus des 4500 m que nous devrons gagner en arrivant à Kyanjin Gumba, à quelques encablures du Tibet.

Trek dans l’Himalaya – Helambu 1/3

Fiers de notre superbe équipement acheté à Katmandou, nous nous sentons prêts à soulever des montagnes. Nous partons cette fois dans les hauteurs himalayennes, bien au nord de Katmandou, la capitale népalaise. Nous avons choisi de partir pour deux semaines de trek dans plusieurs zones protégées du pays. Aussi traverserons-nous le parc national de Shivapuri avant de pénétrer dans l’Helambu, de découvrir les lacs gelés de Gosainkund et de goûter aux beautés du parc national du Langtang.

 

Cette partie concerne les jours 1 à 5 du trek, consacrés à l’Helambu.

 

Jour 1 : Katmandou – Sundarijal (1h en bus) puis Sundarijal – Chisapani (5h30)

Gain d’altitude : + 970 m – 265 m (altitude max. 2430 m)

Nous finissons de boucler nos sacs, alourdis pour l’occasion, et quittons notre hôtel de Thamel. Bonnets, vestes polaires, pantalons polaires, céréales, biscuits et bouteilles d’eau sauront nous accompagner au mieux dans cette nouvelle aventure. Et c’est à Katmandou que tout commence puisque, non loin de l’office de tourisme où nous avons déboursé plus de cinquante euros en permis et autorisations diverses (et pour le moins injustifiées), nous rejoignons la gare routière. De là, nous sautons dans un bus, direction Sundarijal, aux pieds des montagnes.

La balade dure environ une heure et nous permet de traverser la capitale est ses banlieues peuplées de nombreux camps militaires et de marchés animés, à défaut d’être aussi colorés qu’en Inde. Les routes ne sont pas en si mauvais état que le bus qui nous conduit et nous sommes bien heureux de gagner rapidement notre destination de bonne heure.

Nous choisissons, comme nous le ferons tous les jours durant ce trek, de marcher par demi-journées. Un départ matinal nous permet de mieux profiter de l’après-midi mais aussi de nous reposer ou encore d’éviter la pluie qui s’abat quotidiennement à partir de quinze heures dans les montagnes de la région.

La première journée n’est franchement pas de tout repos. Nous attaquons directement dans le vif du sujet avec un dénivelé très important qui nous met tout de suite dans l’ambiance. Ce n’est certes pas si difficile que les volcans d’Indonésie, mais les Népalais ont la fâcheuse tendance à estimer que des marches faciliteraient notre ascension. Hélas, elles ne sont jamais adaptées à personne. Trop peu régulières, elles cassent seulement un rythme que l’on n’a pas encore trouvé.

Heureusement, la chaleur n’est pas trop accablante et nous avançons rapidement dans le parc national de Shivapuri Nagarjun dédié à Shiva, comme son nom l’indique. De nombreux Népalais nous accompagne dans cette première partie de la journée. Le parc est en effet situé non loin de la capitale et des groupes, notamment des écoles, y viennent pour la journée. Ils sont toutefois un peu bruyants et ne collent pas vraiment à notre idée de randonnée dans les montagnes du toit du monde…

Débarrassés de tous les éléments perturbateurs, nous finissons par gagner nos premiers villages. Les maisons sont déjà très isolées et leurs habitants s’occupent de leurs cultures en terrasses. Nous sommes toujours en saison sèche mais les décors parlent d’eux-mêmes et c’est toujours avec autant de fascination que nous découvrons ce travail de nivellement incroyable que l’homme est parvenu à maîtriser pour dominer les pentes montagneuses.

Côté contact humain, en revanche, ce n’est pas ça. Nous sentons que nous dérangeons, que les villageois sont blasés de la présence des occidentaux et ils ne nous adressent à peine la parole. Dommage.

Nous finissons donc de traverser le village de Mulkarka avant d’attaquer le col de Borlang Bhanjyang qui culmine à 2430 m. L’ascension s’effectue à un rythme lent mais sûr à travers des forêts, notamment de pins, qui enchantent nos sens après la pollution rencontrée à Katmandou. Nous avons même la chance d’apercevoir des cerfs courir à quelques mètres de nous. Pas mal.

Ce n’est ensuite plus qu’une formalité pour rallier Chisapani, à la sortie du parc national, première ville étape de notre trek. Là, seconde déception de la journée, le village n’a rien d’authentique. Il ne s’agit en effet que d’une succession d’hôtels sans âmes avec des écritures criardes censées ameuter le touriste.

La nourriture n’est franchement pas donnée (ce qui se comprend puisqu’il faut acheminer toutes les denrées à dos de porteurs depuis la vallée) mais compense avec une chambre quasi offerte. Nouilles ou riz frit, dal bhat, le plat national ou soupe pour les moments les plus frais, voilà quelle sera notre alimentation pour les quinze jours à venir, il faudra nous faire une raison…

 

Jour 2 : Chisapani – Thotudanda (6h)

Gain d’altitude : + 510 m – 475 m (altitude max. 2340 m)

De bonne heure, encore une fois, nous nous levons avec le soleil afin de poursuivre notre route, à présent dans les cols de l’Helambu, région rurale et montagneuse du nord-est de Katmandou. Ici, les maisons sont faites de pierres et de bois, souvent de tôle aussi pour la toiture. Une petite cheminée extérieure laisse toujours échapper une faible fumée en provenance d’une cuisine sombre où une théière n’en peut plus de bouillir.

Nous traversons ainsi les villages de Pati Banjyang et de Chipling. Là, les enfants réclament du chocolat en nous voyant pendant que leurs parents, totalement indifférents, s’affairent dans des champs dorés par les premières lueurs du soleil. Une fois de plus, nous sommes déçus par les villageois mais rassérénés par les paysages que nous traversons et qui sont fidèles à ce que l’on imaginait.

Au milieu de la matinée, nous découvrons nos premières forêts de bambous du Népal. La végétation change à mesure que nous prenons de l’altitude et des chemins de pierres viennent assombrir le tableau jusque là si paisible. Pire que les marches, les pierres sont déposées sur le chemin dans un désordre dangereux et pas toujours très stable. Nous finirons pourtant bien par en venir à bout et gagner Thotudanda où nous passerons cette deuxième nuit du trek.

Avant cela, et alors que nous sommes à table dans notre petit lodge perché sur une colline, nous retrouvons Nicolas, un Belge de Bruxelles, qui fait le même trek que nous en solo. Nous l’avions rencontré la veille en arrivant à Chisapani, à jouer de la guitare sur un rocher. Le personnage, fort sympathique, s’arrête pour nous saluer et s’en vient finalement à poser ses affaires pour la nuit. Il a passé une journée difficile due à une intoxication alimentaire : pas facile de grimper dans ces conditions.

Le soir venant, nous sommes rejoints par un trio insolite, composé d’une Polonaise, d’une Norvégienne et d’un Roumain, sans oublier leur guide, naturellement. Nous sommes très peu nombreux à effectuer ce genre de trek, sans guide ni porteur, au Népal. Il n’y a pourtant rien de bien compliquer et la route semble très bien indiquée jusqu’à présent, étonnant que nous ne soyons pas plus à le faire…

Avec ce trio sympathique, et surtout avec Nicolas qui nous apprend des jeux de cartes népalais, nous passons une très bonne soirée au coin du feu alors qu’un orage suivi d’une tempête incroyable éclate au-dessus de nos têtes. Nous osons à peine sortir pour voir les montagnes se dégager au loin dans un éclat de lumière venant transpercer la nuit.

Il fait déjà très frais à cette altitude et nous ne refusons pas les grosses couvertures que nous proposent les propriétaires. Nous semblons être les seuls à ne pas disposer de sacs de couchage ici. Peu importe, nous parvenons à nous endormir facilement.

 

Jour 3 : Thotudanda – Kutumsang (2h50)

Gain d’altitude : + 400 m – 130 m (altitude max. 2600 m)

Levés entre cinq et six heures du matin, nous assistons à un magnifique lever de soleil par-delà les montagnes et dans la brume printanière. Les drapeaux de prières finissent de parfaire ce cadre idyllique et nous sommes de nouveau sur les routes en moins de temps qu’il ne faut pour le dire.

Cette fois, c’est officiel, nous ferons la route avec Nicolas. Il est nettement plus rapide que nous (avouons-le, plus rapide que Jo’ qui donne le rythme) mais n’hésite pas à nous attendre et ne souhaite pas trop forcer sa marche tant il se sent fébrile. De notre côté, nous commençons à ressentir les premières courbatures dans les jambes et les fesses.

Aujourd’hui, nous traversons les campagnes et notamment de nombreuses cultures en terrasses qui semblent parsemer tous les flancs de montagnes qui se perdent dans un horizon que le brouillard aura bientôt rattrapé. Le chemin que nous suivons se faufile le long d’une crête d’où l’on commence à apercevoir quelques sommets impressionnant autour de nous.

Nous profitons également de nos passages dans les rares villages que nous traversons encore au petit matin pour nous rafraîchir avant de plonger dans nos premières forêts de rhododendrons. Saison oblige, ils sont tous en fleurs et c’est un ravissement pour les yeux.

Kutumsang, nouveau village étape. En réalité, rien de plus qu’un nouvel amas de lodges sans grand intérêt. Le soleil étant au rendez-vous, nous trouvons tout de même le temps l’après-midi de faire une petite lessive et de bronzer un peu dans le jardin de la maison que nous occupons. Les conversations avec les locaux sont toujours aussi sommaires mais les touristes avec qui nous prendront le dîner ne nous inspirerons pas davantage.

Encore une fois, c’est devant la beauté des premiers sommets enneigés que nous nous réfugions pour savourer ce trek. Devant nous, le Dorje Lapka et ses 6966 mètres se dresse fièrement et nous sécurise pour la nuit à venir. Nous pouvons dormir tranquilles.

 

Jour 4 : Kutumsang – Mangengoth (3h25)

Gain d’altitude : + 950 – 135 m (altitude max. 3420 m)

Ce matin, nous ne pouvons résister au plaisir de faire une farce à Nicolas. Nous partons de bon matin, alors qu’il dort encore, et chargeons un Népalais de lui dire que nous avons repris le chemin de Katmandou devant la trop grande difficulté du trek. Malheureusement, ce qui n’était qu’une blague pour nous n’est pas loin de se produire pour lui. Nicolas chargera dans la journée quelques marcheurs de nous dire, plus loin sur la route, qu’il a préféré rester une journée de plus à Kutumsang et qu’il espère nous retrouver en chemin un jour prochain.

C’est donc bien seuls que nous effectuons cette petite étape du jour qui nous conduit tout de même à nos premiers grands froids. Les paysages de la journée sont un peu moins variés que les premiers jours mais l’on traverse néanmoins de belles forêts de rhododendrons et de sapins.

Mangengoth, que nous gagnons rapidement en milieu de matinée, se situe déjà à 3420 mètres d’altitude. La fumée sortant de nos bouches n’en finit pus de confirmer le postulat de départ : il fait froid et nous ne sommes sans doute pas assez équipés. Pour le plus grand bonheur de la femme du lodge que nous occupons, nous achetons des gants en laine, doublés en polaire… ils s’avèreront bien utiles pour les jours à suivre.

Johanna choisit de passer une partie de son temps avec les enfants de la maison, comme à son habitude, pendant que je tente de parler aux habitants près du poêle de la cuisine. Il faut dire que les après-midi peuvent durer très longtemps, surtout lorsqu’on fait de courtes étapes. Aussi, nous décidons, après le déjeuner, de partir à la recherche du panda roux. Les pancartes disent qu’il est ici dans son habitat naturel et qu’il est aisé d’en apercevoir.

Nous nous enfonçons alors dans la forêt, dans un enchevêtrement de racines à faire saliver les mangroves. La neige qui habille les pentes de l’Helambu couvre le bruit de nos pas pour plus de discrétion. Pourtant, fable ou manque de chance, nous rentrons bredouilles au prix toutefois d’une belle balade

 

Jour 5 : Mangengoth – Ghopte ( 4h30)

Gain d’altitude : + 405 m – 260 m (altitude max. 3690 m)

Cinquième jour du trek et nous continuons à grimper toujours plus haut. Les forêts de sapins et de tecks partagent à présent notre quotidien. Nous franchissons également nos premières rivières qui jaillissent, déchaînées, des moindres interstices de la montagne. La neige nous accompagne aussi occasionnant parfois de belles glissades.

Les villages sont désormais inexistants et nous ne trouvons que des refuges en haut de chaque col. Le plus élevé du jour est le Thadepati pass à 3690 mètres d’altitude. Arrivés à son sommet, le ciel décide de ne pas nous faciliter la tâche. C’est une pluie de grêle qui s’abat sur nous pendant la fin de notre matinée, nous forçant même à nous réfugier sous des rochers protecteurs à mi-chemin.

Mais la tempête de petites pastilles de glace ne se calmera pas et nous serons bien obligés de poursuivre sur des pentes savonneuses, saupoudrées de chemins de pierres tortueux pour nos chevilles. L’avancée est ralentie mais nous ne flanchons pas, même dans des descentes enneigées qui n’ont rien pour nous plaire.

Avant que la tempête ne redouble d’importance, nous optons pour la décision qui nous semble la plus sage. Nous coupons l’étape du jour et nous arrêtons à Ghopte pour ne pas prendre de risques inutiles. Notre choix est même salué par l’arrivée, au prix d’un bel effort et plus tard dans la soirée, de Nicolas, qui aura fait une belle étape double pour nous retrouver avant d’attaquer les plus hauts sommets du trek et les lacs de Gosainkund.

C’est donc au son d’un concert improvisé par notre ami belge et sa guitare que nous soufflons un peu autour d’un feu (d’ailleurs particulièrement efficace pour réchauffer nos vêtements trempés) avant d’entreprendre la partie la plus difficile de cette aventure. Dehors, la tempête n’en finit plus et nous confions nos souhaits aux drapeaux de prières qui servent de derniers remparts dans cette partie à présent complètement isolée du monde.

Transsibérien : de l’Europe vers l’Asie

Il est l’heure. Une sirène retentit. Les portes se referment. La locomotive se met en marche. C’est le départ.

Encore une fois, nous sommes les seuls étrangers. Les curieux Français comme attraction du train. Il faut s’y habituer, ce sera souvent le cas dans les endroits où nous comptons nous rendre par la suite.

Pour le moment, je me préoccupe surtout de voir à quoi va ressembler mon espace vital. Je pose mon sac et constate rapidement que le wagon est plein. Je le partage avec une cinquantaine de Russes, de tous les âges et de toutes les régions. Le transsibérien fera sans doute une vingtaine d’arrêts importants avant que je n’arrive à destination. Je regarde le calendrier : nous sommes samedi et je devrais être à Irkoutsk mercredi prochain.. Je peux donc désormais me mettre à l’aise et profiter des 5185 km de Russie qui vont défiler devant moi.

Moscou. Les banlieues. Et puis plus rien. La forêt sur des dizaines, des centaines, des milliers de kilomètres. J’en perds peu à peu toute notion d’échelle tant la taïga se prolonge à l’infini.

De-ci de-là des villages coupés du monde se dressent fièrement sur le passage du transsibérien. Je n’aurais pas pu imaginer leur existence, perdus au milieu de nulle part. Peut-être les Moscovites eux-mêmes n’en n’ont pas la connaissance tant ces endroits semblent parfois reculés.

Après quelques heures, les langues viennent à se délier, nous faisons connaissance de nos voisins les plus proches. En dessous de nous – puisque nous occupons les couchettes de l’étage supérieur – se trouvent Sacha, un barman de 24 ans, et Tounya, la babouchka de service, qui paraît déterminée à dialoguer avec nous en russe. En face se trouvent un autre Sacha, jeune basketteur de 2m, et Youri, un sympathique père de famille.

Voilà pour les personnages principaux, d’autres viendront s’ajouter au fur et à mesure, notamment Lioudmila qui nous servira d’interprète et nous mettra une raclée aux cartes, un religieux qui nous sert des incantations imbibées d’alcool en multipliant les allers retours dans le wagon, et bien sur la provonitsa, responsable de ce dernier.

Nous avons faux sur toute la ligne. En voulant nous fondre dans le paysage nous sommes devenus plus russes que les Russes. Des stéréotypes avec nos bouteilles de vodka dont personne ne veut. Ici les gens soignent leur lassitude avec de la bière et du café. Ils soignent leur impatience avec de la bière et du thé.

Les nuits sont courtes. Le soleil réchauffe les vitres du train dès 4h du matin. Avec le décalage horaire grandissant et les gares se maintenant à l’heure de la capitale, nous ne tardons pas à voir le soleil se lever à 1h du matin. Pas évident de s’adapter à ces conditions inhabituelles.

Les nuits sont courtes et, par conséquent, les journées sont longues. Très longues quand il n’y a rien d’autre à faire que manger, se dégourdir les jambes 20 minutes toutes les 4 à 5 heures, jouer aux cartes ou aux échecs et bouquiner.

Bientôt la chaleur étouffante qui règne dans le wagon m’accable. L’inactivité me tue. Plus je reste couché et plus je deviens las, quasi amorphe. Partout autour de moi, les gens font la sieste. Il est 2h. Il est 10 h. Il est 18h. Toute la journée, les gens dorment et ne se lèvent que pour manger un morceau et se dégourdir les jambes. Je suis donc dans le bon tempo. Il faut que je garde la cadence. Allez, encore une sieste et je mange un morceau.

Nos nouveaux amis russes, jadis de simples voisins, nous ont pris en affection. Ils nous indiquent les changements de régions, d’horaires, le nom des fleuves et des villes que nous dépassons. Tiens, là c’est la Volga. Ici c’est la première gare de la Sibérie. Hep les Français ! nous étions en Europe et nous sommes maintenant en Asie !

Même la babouchka, qui continue de nous parler en russe alors qu’elle sait que nous n’en comprenons pas un mot, montre également quelques signes d’intérêt à notre égard. Soudain, elle nous offre des tomates : ça y est, elle nous adore !

D’un coup sans comprendre pourquoi, tout se dérègle. Nous perdons Youri et Tounya et plus rien n’est comme avant. Sur le quai, Youri nous sert fort dans ses bras et la babouchka nous souhaite le meilleur, en russe évidemment.

Je ne pensais pas m’attacher si facilement à des personnes dans un train. Encore moins à cause de la barrière de la langue. Mais il faut se rendre à l’évidence, le transsibérien est une expérience unique, où le cloisonnement tisse des liens qui n’existent nulle part ailleurs.

Le train se vide de gare en gare et se remplit d’un régiment de soldats. L’ambiance n’est plus la même. J’ai moins envie de parler. Je regarde passer les dernières bornes kilométriques devant les plaines marécageuses qui ont remplacé les steppes depuis peu.

Dans une heure, s’en sera fini du transsibérien. Une expérience unique qu’on ne peut appréhender qu’après l’avoir vécue. Une aventure humaine sur fond d’odeurs corporelles, de nourritures et de boissons, où le vacarme de la radio n’a d’égal que le bourdonnement incessant du train, et où le temps semble s’arrêter.
Il s’arrête en effet le temps d’une transition, d’une métamorphose. Le temps du passage de l’Europe vers l’Asie.

Las Bardenas Reales

Las Bardenas Reales, Navarre, Espagne.

Il existe parfois des lieux uniques, des lieux dont le décor ne semblent pas coller avec l’environnement qui les entoure, des lieux qu’on ne saurait imaginer ici plutôt qu’ailleurs. Cette idée de dépaysement littéral et soudain nous a frappé dans le nord de l’Espagne, dans le sud-est de la Navarre pour être précis, mais finalement si près des Pyrénées.

Une curiosité géologique

Ce lieu fantastique qu’on appelle les « Bardenas Reales » s’étend sur plus de 40.000 hectares même s’il faut différencier la bardena del plano (plaine), la bardena negra (forêt) et la bardena blanca (steppe et désert) que nous avons visitée. Située au centre du parc, il s’agit de la deuxième plus grande zone désertique d’Europe occidentale après celle d’Andalousie, toujours en Espagne. Mais à la différence de l’Andalousie, la Navarre n’est pas célèbre pour l’aridité de ses paysages, ce qui est d’autant plus intéressant.

Alors, on vous prévient tout de suite, on ne tombe pas au hasard sur le site, il faut l’avoir localisé pour ne pas le manquer. Et même une fois entré dans le parc national, on doit rouler plusieurs kilomètres avant d’apercevoir les premières montagnes aux formes de cheminées.

L’érosion, les pluies, les fortes amplitudes thermiques sont à l’origine de ces structures fascinantes que l’on approche très facilement depuis le sentier, à vélo pour les plus courageux, mais généralement en voiture (climatisée pour les plus chanceux).

Bien sûr, certaines zones sont fragiles et il est déconseillé de grimper sur les structures monumentales qu’on croirait tirées d’Amérique du Nord. D’autres secteurs sont accessibles et Will ne pouvait pas s’empêcher d’aller y faire un tour histoire de bien réaliser l’échelle.

Le lieu est tout aussi adapté pour les enfants à partir du moment où l’on évite les fortes chaleurs et qu’on les protège suffisamment du soleil. Ilan est parti barouder dans les steppes pendant que son papa faisait le mariole et Thélio jouait avec les cailloux. Aucun souci donc pour les emmener aux Bardenas Reales de Navarre.

Des paysages époustouflants

Pour la petite histoire, ces lieux incroyables qu’on imagine volontiers au Mexique ou en Arizona ont servi à la réalisation de nombreux westerns, le décor s’y prêtant parfaitement. On atteint même un canyon si l’on a le courage d’explorer plus loin que les grandes cheminées si photogéniques au demeurant.

La visite des Bardenas Reales, ou au moins de la partie blanche, se fait en deux heures minimum. Un petit office de tourisme se trouve après quelques kilomètres de piste dans le parc mais il était fermé lors de notre venue en mai. Ceux qui ont la possibilité de venir découvrir le site aux premières ou aux dernières lueurs du jour doivent encore davantage admirer le spectacle avec des dégradés de couleurs à couper le souffle.

Bref, le détour est impératif si vous passez en Navarre ou en Aragon, vous ne le regretterez pas !

 

Lieu insolite du Vietnam : temple cao dai

Temple Cao Daï, Vietnam

Si les bouddhistes représentent 80 pour cent de la population et les catholiques 10 pour cent, le caodaïsme est la troisième religion d’importance au Vietnam.

A quelques kilomètres de la frontière cambodgienne, se trouve le plus grand temple dédié à l’œil divin, le symbole de Cao Dai. Là, on est plongé dans les studios bollywoodiens. Les fidèles sont vêtus de blanc et les hommes de foi de rouge, de jaune et de bleu. La musique se fait omniprésente et tous ont appris une chorégraphie au préalable.

Plus kitsch, tu meurs

Le temple lui-même est le summum du kitsch de la plus belle époque. Les piliers sont rose bonbon, le toit est bleu avec des étoiles dessinées dessus, des tigres grossièrement sculptés ornent le tout et un immense globe vert trône en bout de salle pour représenter l’universalité de cette religion.

Bien sûr l’oeil divin est partout : sur les fenêtres, les statues, et toujours le globe vert.

Une cinquantaine de fidèles arborent fièrement un brassard tricolore : ce sont les membres du service d’ordre, principalement des femmes. Et gare à vous si vous piétinez l’allée centrale, elles pourraient vous jeter le mauvais œil !

Ce temple cao dai est juste « too much ». Nous avons vu bon nombre de lieux de cultes dans ma vie mais celui-ci défie toutes les normes. Il serait un décor de cinéma qu’on le jugerait irréaliste.

C’est la première fois que nous n’éprouvons aucune gêne à prendre photos et vidéos d’une cérémonie religieuse. Et pour cause, ce n’en était pas vraiment une. C’était la parade de Disneyland ou un tableau des 1001 nuits. Il ne peut en être autrement. Si ?

Dans tous les cas, par curiosité ou même par foi, ce lieu insolite du Vietnam vaut bien le détour.

Test : porte-bébé de randonnée

Test : porte-bébé de randonnée

Amateurs de trekking et de grande randonnée, nous attendions avec impatience le jour où l’on emmènerait nos petits bonhommes avec nous sur des sentiers montagneux (il faut bien reconnaître que La Rochelle n’est pas réputée pour son relief accidenté).

Nous avons opté pour un porte-bébé dorsal de la marque Deuter, la référence dans le domaine. Ilan serait donc sur son papa. Thélio, en Ergobaby, sur sa maman pour diverses virées en Espagne et en Andorre.

Compte rendu

Première impression : le porte-bébé est forcément intéressant en randonnée puisqu’il permet de répartir le poids de son enfant. Entre la ceinture large pour les hanches et les bretelles pour les épaules, sans oublier le réglage à la poitrine, on peut quasiment l’adapter à toutes les morphologies. Oui mais (nous en avons toujours un) du coup, on préfère ne pas changer de porteur en cours de route…

Le porte-bébé nous libère les mains et celles-ci peuvent facilement attraper les cordes, les rampes d’escaliers, une bouteille d’eau, etc. En contrepartie, on est automatiquement moins mobile. Ce n’est pas pratique dans les sentiers étroits type passerelles ou bas de plafond type grottes. On adore tout particulièrement le pare-soleil sur le dessus.

Bien sûr le poids de portage étant bien réparti, l’enfant semble moins lourd. Oui mais (nous vous avions prévenu) le porte-bébé lui-même fait son poids. Quant à celui de l’enfant, il ne disparaît pas totalement ou bien revient à notre mémoire après une bonne heure de marche.

Bilan

C’est un outil très intéressant pour des randonnées courtes de quelques heures maximum avec quelques pauses. Nous ne le prendrions pas pour des treks longs (une semaine ou plus) à cause de l’encombrement qui nous a semblé trop important. Pour les petites balades, Ilan grimpera sur les épaules de papa de temps en temps, comme d’habitude.

Évaluation :

  • Intérêt : 3/5 pour les randonnées sur 1/2 journée.
  • Confort : 4/5 idéal si l’on excepte la hauteur. Nous sentons l’enfant en sécurité à tout moment.
  • Prix : 2/5 le prix moyen étant de 200€ il faut vraiment réfléchir avant de le prendre.

Les dragons de Komodo

Les dragons de Komodo

Nous abordions notre rencontre avec les fameux varans avec un peu de scepticisme. En effet, nombre de touristes nous avaient dit que cela n’en valait pas forcément la peine. Par chance, nous ne sommes pas de cet avis après avoir visité les îles de Komodo et de Rinca. Si la première est un peu décevante puisque nous ne voyons pas beaucoup de dragons (le parc national est beaucoup trop grand pour que les guides sachent où ils se trouvent !), Rinca est idéale pour les observer facilement.

Même si nous savons que nous ne risquons rien à approcher (d’assez près en réalité) ces animaux préhistoriques, nous avions tout de même une certaine appréhension à les côtoyer dans leur habitat naturel et nous ne faisions tout simplement pas les fiers quand ils se mettaient à charger ! Rappelons au passage qu’une simple morsure de ces grands lézards entraîne une mort certaine, dans d’horribles souffrances, puisque leurs mâchoires contiennent un nombre incroyable de venins non identifiés. Bref, courageux mais pas suicidaires, nous nous en tenions à une distance raisonnable d’observation.

Sympa, le dragon ?

Le dragon est une espèce protégée, cela va sans dire, mais seulement depuis une trentaine d’années et l’ouverture du parc, chose surprenante. Il existe aujourd’hui plusieurs milliers d’individus qui mesurent jusqu’à 2m50 de long et dont les femelles pondent entre 15 et 30 œufs par portée. Pour l’anecdote, il faut savoir que si les mamans ont vraiment faim, elles peuvent se laisser aller à dévorer leur progénitures sur un coup de tête…

Les bébés, justement, nous avons eu la chance d’en approcher un, caché au milieu des branchages. Jeunes, les dragons peuvent grimper aux arbres et arborent des rayures jaunes qu’ils perdent en grandissant. Les adultes, plutôt pépères, passent leur temps à lézarder au soleil : un comble ! Souvent à l’affût de nourriture près des restaurants du parc, bien caler à l’ombre des pilotis, ils peuvent néanmoins faire preuve d’une extrême vivacité quand on les titille un peu trop, ce que les guides adorent faire pour impressionner les touristes.

Au final

Mission accomplie, nous partons avec les yeux remplis d’images d’un autre temps. Les émotions étaient bien au rendez-vous de ce moment fort du voyage. Et encore tellement de choses à voir, nous avons à peine le temps de nous en remettre que nous sommes déjà en route pour une autre aventure.

Réaliser la photo parfaite du Taj Mahal

La photo parfaite du Taj Mahal

Aujourd’hui, nous vous proposons un petit manuel à suivre si vous souhaitez réaliser la photo parfaite (accrocheur, non ?) du Taj Mahal, l’un des monuments les plus photographiés du monde !

Et c’est bien là que se situe la difficulté. Comment faire pour n’avoir PERSONNE sur son cliché souvenir alors qu’il est inscrit au patrimoine mondial de l’Humanité par l’Unesco et trône dans un pays d’un milliard et demi d’habitants comme LE site touristique incontournable ?

Nous avons la réponse.

Bien sûr, si vous êtes professionnel de la retouche d’image et que vous avez le courage de supprimer 352 touristes sur la photo, vous n’avez pas besoin de nous. De même si vous êtes millionnaire et que l’envie de privatiser le site vous vient d’un coup, comme ça, pour pourrir notre post…

Pour les autres, voici quelques conseils utiles :

  • Prévoir de visiter le Taj Mahal un jour d’ouverture (le vendredi, c’est fermé par exemple).
  • Acheter ses billets la veille pour ne pas faire la queue le matin.
  • Tenir compagnie aux gardes dès quatre heures du matin pour être certains de franchir au moins cette porte, puisqu’il y en a plusieurs, avant tous les touristes qui viennent à partir de six heures du matin en général.
  • Avoir de la chance pour que la porte choisie soit la première ouverte ce jour-là (nous n’avons pas dit que la technique était infaillible).
  • Courir très vite pour accéder à la porte d’accès au Taj Mahal avant les hordes qui ne tarderont pas à déferler ! Un entraînement au running peut être intéressant pour ce point.
  • Vous avez alors environ deux minutes d’avance sur tout le monde et pouvez mitrailler le site avec intelligence (et quelques réglages sur votre appareil pour capter la magie de l’instant aux premières lueurs de l’aube). Avancez, cliquez. Avancez, cliquez. Ne vous retournez pas. Oui, vous êtes dans le cadre pour les autres touristes derrière vous mais c’est le jeu… il fallait bien un premier !
  • Voilà, normalement, vous avez une photo parfaite du Taj Mahal ! Merci qui ?

Indonésie : les 3 volcans les plus impressionnants

Les 3 volcans les plus impressionnants

L’Indonésie a de nombreuses facettes. Une de nos préférées est sans conteste sa géographie variée qui nous entraîne de plages en volcans en une poignée de kilomètres.

Pour les adeptes de la randonnée ou du trekking, voici une sélection subjective des trois volcans que nous estimons les plus photogéniques.

  • 1 – Le Bromo

Le plus simple d’accès et qui ne demande pas une condition physique particulière. Au milieu d’une mer de sable et avec le Semeru à deux pas… une merveille naturelle qu’on croirait peinte. Conseil : la vue la plus saisissante se trouve au sommet du Panajakan voisin (photo d’illustration de l’article).

  • 2 – Le Kawah Ijen

Popularisé par des émissions télé, le kawah Ijen, situé sur l’ïle de Java comme le Bromo, est célèbre pour son lac de cratère bleu acide et sa soufrière à ciel ouvert. Ne pas hésitez à descendre avec les ouvriers pour venir titiller le lac du bout des doigts. Une bonne heure de montée est suffisante pour atteindre le sommet.

  • 3 – Le Rinjani

Trois jours de trek au total pour atteindre le sommet, descendre dans son cratère et remonter sur les parois puis retrouver la vallée. Le Rinjani, sur l’île de Lombok, est magnifique et le volcan qui s’est formé au sein même du lac de cratère y est pour beaucoup. Un incontournable pour ceux qui n’ont pas peur de marcher un peu.