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Transsibérien : de l’Europe vers l’Asie

Il est l’heure. Une sirène retentit. Les portes se referment. La locomotive se met en marche. C’est le départ.

Encore une fois, nous sommes les seuls étrangers. Les curieux Français comme attraction du train. Il faut s’y habituer, ce sera souvent le cas dans les endroits où nous comptons nous rendre par la suite.

Pour le moment, je me préoccupe surtout de voir à quoi va ressembler mon espace vital. Je pose mon sac et constate rapidement que le wagon est plein. Je le partage avec une cinquantaine de Russes, de tous les âges et de toutes les régions. Le transsibérien fera sans doute une vingtaine d’arrêts importants avant que je n’arrive à destination. Je regarde le calendrier : nous sommes samedi et je devrais être à Irkoutsk mercredi prochain.. Je peux donc désormais me mettre à l’aise et profiter des 5185 km de Russie qui vont défiler devant moi.

Moscou. Les banlieues. Et puis plus rien. La forêt sur des dizaines, des centaines, des milliers de kilomètres. J’en perds peu à peu toute notion d’échelle tant la taïga se prolonge à l’infini.

De-ci de-là des villages coupés du monde se dressent fièrement sur le passage du transsibérien. Je n’aurais pas pu imaginer leur existence, perdus au milieu de nulle part. Peut-être les Moscovites eux-mêmes n’en n’ont pas la connaissance tant ces endroits semblent parfois reculés.

Après quelques heures, les langues viennent à se délier, nous faisons connaissance de nos voisins les plus proches. En dessous de nous – puisque nous occupons les couchettes de l’étage supérieur – se trouvent Sacha, un barman de 24 ans, et Tounya, la babouchka de service, qui paraît déterminée à dialoguer avec nous en russe. En face se trouvent un autre Sacha, jeune basketteur de 2m, et Youri, un sympathique père de famille.

Voilà pour les personnages principaux, d’autres viendront s’ajouter au fur et à mesure, notamment Lioudmila qui nous servira d’interprète et nous mettra une raclée aux cartes, un religieux qui nous sert des incantations imbibées d’alcool en multipliant les allers retours dans le wagon, et bien sur la provonitsa, responsable de ce dernier.

Nous avons faux sur toute la ligne. En voulant nous fondre dans le paysage nous sommes devenus plus russes que les Russes. Des stéréotypes avec nos bouteilles de vodka dont personne ne veut. Ici les gens soignent leur lassitude avec de la bière et du café. Ils soignent leur impatience avec de la bière et du thé.

Les nuits sont courtes. Le soleil réchauffe les vitres du train dès 4h du matin. Avec le décalage horaire grandissant et les gares se maintenant à l’heure de la capitale, nous ne tardons pas à voir le soleil se lever à 1h du matin. Pas évident de s’adapter à ces conditions inhabituelles.

Les nuits sont courtes et, par conséquent, les journées sont longues. Très longues quand il n’y a rien d’autre à faire que manger, se dégourdir les jambes 20 minutes toutes les 4 à 5 heures, jouer aux cartes ou aux échecs et bouquiner.

Bientôt la chaleur étouffante qui règne dans le wagon m’accable. L’inactivité me tue. Plus je reste couché et plus je deviens las, quasi amorphe. Partout autour de moi, les gens font la sieste. Il est 2h. Il est 10 h. Il est 18h. Toute la journée, les gens dorment et ne se lèvent que pour manger un morceau et se dégourdir les jambes. Je suis donc dans le bon tempo. Il faut que je garde la cadence. Allez, encore une sieste et je mange un morceau.

Nos nouveaux amis russes, jadis de simples voisins, nous ont pris en affection. Ils nous indiquent les changements de régions, d’horaires, le nom des fleuves et des villes que nous dépassons. Tiens, là c’est la Volga. Ici c’est la première gare de la Sibérie. Hep les Français ! nous étions en Europe et nous sommes maintenant en Asie !

Même la babouchka, qui continue de nous parler en russe alors qu’elle sait que nous n’en comprenons pas un mot, montre également quelques signes d’intérêt à notre égard. Soudain, elle nous offre des tomates : ça y est, elle nous adore !

D’un coup sans comprendre pourquoi, tout se dérègle. Nous perdons Youri et Tounya et plus rien n’est comme avant. Sur le quai, Youri nous sert fort dans ses bras et la babouchka nous souhaite le meilleur, en russe évidemment.

Je ne pensais pas m’attacher si facilement à des personnes dans un train. Encore moins à cause de la barrière de la langue. Mais il faut se rendre à l’évidence, le transsibérien est une expérience unique, où le cloisonnement tisse des liens qui n’existent nulle part ailleurs.

Le train se vide de gare en gare et se remplit d’un régiment de soldats. L’ambiance n’est plus la même. J’ai moins envie de parler. Je regarde passer les dernières bornes kilométriques devant les plaines marécageuses qui ont remplacé les steppes depuis peu.

Dans une heure, s’en sera fini du transsibérien. Une expérience unique qu’on ne peut appréhender qu’après l’avoir vécue. Une aventure humaine sur fond d’odeurs corporelles, de nourritures et de boissons, où le vacarme de la radio n’a d’égal que le bourdonnement incessant du train, et où le temps semble s’arrêter.
Il s’arrête en effet le temps d’une transition, d’une métamorphose. Le temps du passage de l’Europe vers l’Asie.

Des routes et déroutes

Des routes et déroutes

Je pensais avoir vu le pire de la circulation dense et dangereuse à Pékin, mais je dois réviser mon jugement après mon passage à Saigon. Ici, ce n’est que pure folie. C’est à peine si l’on peut traverser une rue. Les scooters se comptent par dizaines au mètre carré et le flot est incessant.

Ils vont et viennent, dans un sens comme dans l’autre, sans tenir compte des feux ou du sens de circulation. On roule à gauche. On roule à droite. On roule au centre. Et surtout on klaxonne et on slalome entre les bus et les cyclos qui tentent également d’imposer leur loi.

C’est une parade désarticulée, un tableau déshumanisé ; pour dire les choses clairement : c’est un beau bordel organisé.

Alors quand Nhu, la jeune étudiante en français, me propose de l’accompagner en ville, j’ai des sueurs froides à la seule idée de devoir enfourcher une bicyclette à mon tour.

– Tu ne sais pas faire de vélo ? Me demande-t-elle alors.
– Si, mais je ne suis pas sûr de vouloir pénétrer dans l’arène en pleine tauromachie.

Et puis je me lance finalement, oubliant les feux tricolores, les sens de circulation, les passages pour piétons. Et je klaxonne et je slalome. Et j’en oublie d’avoir peur.

Prix fixes et transports

Prix fixes et transports

Il arrive que les chauffeurs de taxi, tuk-tuk ou autres modifient leurs prix en cours de route, prétextant qu’il ne s’agissait pas de ce qui était convenu. C’est une tentative comme une autre pour gagner un peu plus d’argent.

A l’arrivée, vous expliquez gentiment qu’il sera payé le prix qui était fixé, tout en restant ferme. Le chauffeur peut s’énerver tant qu’il le souhaite, c’est de bonne guerre après tout, mais ne vous laissez pas faire.

Les énergumènes très très énervés que l’on rencontre parfois en Thaïlande vont même vous parler de police : acceptez sa requête et dites-lui d’appeler la police. Il prendra son téléphone et fera semblant de les avoir en ligne pour vous faire peur. N’y croyez pas et, de toute façon, vous êtes dans votre droit.

Ce petit jeu n’est qu’une question de patience.