Trek dans l’Himalaya : Gosainkund 2/3

Cette partie concerne les jours 6 à 8 du trek, consacrés au Gosainkund.

 

Jour 6 : Ghopte – Phedi (3h30)

Gain d’altitude : + 350 m (altitude max. 3780 m)

Le ciel n’est plus que brume. Nos pieds sont paralysés par le froid avant même de sortir du refuge où nous avons tenté de dormir. Difficile aussi de remplir nos bouteilles tant les canalisations sont gelées. Il a beaucoup neigé cette nuit ; les flancs des montagnes avoisinantes en portent toujours les stigmates.

L’étape du jour doit être courte, une étape de transition avant ce qui nous attend après Phedi. En réalité, nous avons choisi l’option la plus ardue. Personne ne parcourt l’Hélambu et le Gosainkund dans le sens que nous empruntons. Nous ne croisons que des groupes dans l’autre sens, nous tirant leur chapeau et nous souhaitant du courage pour ce qui reste à accomplir.

Pour le moment, nous ne nous préoccupons que d’avancer pas à pas sur des pierres mouvantes, encastrées entre deux parois oppressantes. La neige recouvre parfois des couches de glace et la surprise qui nous attend est cause de montées soudaines d’adrénaline. Pour ne pas nous faciliter le chemin, nous prenons la direction du nord, ce qui signifie que nous grimpons chaque jour sur des flancs sud, où la neige à fondu, mais surtout que nous devons toujours redescendre côté nord, où la glace est traître et source de dérapages incontrôlés à deux pas des précipices…

Certains secteurs sont aujourd’hui totalement recouverts par la neige et cachent des abysses que nous ne souhaitons pas découvrir de si tôt. Nous avançons donc prudemment, parfois armés d’un bâton trouvé en chemin pour assurer les prises.

Sur le chemin, toujours pas le moindre village rencontré. Il faut dire que nous approchons des 4000 m et que le froid est saisissant dans ce coin de l’Himalaya. En revanche, nous croisons nombre de grottes et de cascades en chemin, dans un panorama faits de géants, ceux-là même que nous côtoieront lors de notre passage du col de Laurebina.

Nous arrivons rapidement au refuge qui sera le nôtre pour la nuit. Il est grand temps pour nous de nous reposer, de soulager nos pieds et de masser des mollets qui commencent à souffrir d’être ainsi traités. Le poids du sac se décharge à mesure que nous progressons et c’est un grand bien pour nos épaules également.

Pour le lodge, en revanche, nous avons choisi le mauvais numéro. Nous ne payons pas suffisamment à leur goût et leurs sourires hypocrites s’effacent aussitôt que nous avons payé notre note, le soir venu, puisque nous comptons partir au prochain lever de soleil. Mal nous a pris de vouloir être arrangeants, les voilà qui débarquent dans notre chambre pour récupérer les couvertures supplémentaires qu’ils nous avaient laissées un peu plus tôt.

Peu importe, nous sommes déjà blasés par la vénalité de ces gens qui ne viennent ici, loin de leurs villages d’origine, que pour louer des lodges, soit disant authentiques, et faire du business. Nous en sommes déjà revenus depuis plusieurs jours et ne payons plus que nos repas dans un deal qui semble être courant chez les marcheurs individuels.

L’argent encaissé, on nous chasse comme des parias, le tout agrémenté de commentaires de connivence de la part des guides et porteurs qui voient d’un mauvais œil qu’on parle trop à leur groupe inconscient de ce qui se trame. C’est une véritable mafia organisée où le seul objectif est d’essorer le blanc avant qu’il ne quitte les montagnes. Nous sommes dégoûtés par l’aspect humain d’un trek que nous avions pourtant choisi pour ces présumés rencontres et l’authenticité de ces villages.

 

Jour 7 : Phedi – Laurebina (9h)

Gain d’altitude : + 830 m – 700 m (altitude max 4610 m)

Le petit matin pointe à la fenêtre et nous avons dormi tant bien que mal, collés l’un à l’autre pour ne pas avoir trop froid. Le paquetage est rapidement bouclé. La nuit fut amère et nous quittons le refuge dans une indifférence glaciale.

Dehors, il a encore beaucoup neigé et nous apercevons à peine le sentier qui escalade péniblement la crête qui nous fait face. Nicolas nous ouvre la voie aujourd’hui et il s’en sort plutôt pas mal dans son nouveau rôle de guide de haute montagne. De loin, nous tentons de distinguer des monticules de pierres placés par les marcheurs qui nous ont précédés pour nous assurer du chemin à suivre. Nous croisons nos premiers yacks en chemin. Ils ne sont pas farouches mais ne se laissent tout de même pas approcher de trop près.

Comme il est très tôt, et que nous sommes les seuls à rallier le col dans ce sens absurde de difficulté, nous ne pouvons suivre aucune trace au sol. Ce sont trente bons centimètres de neige qui nous attendent où que nous allions. Parfois, nous nous enfonçons même jusqu’au genoux et la pénibilité devient souffrance. Heureusement, la joie d’ouvrir des voies dans une neige si pure et fraîche nous émerveille et tous nos efforts se voient aussitôt récompensés.

Le vent tourne. Bientôt, nous ne voyons plus rien du tout. Le brouillard remplit à présent tous nos sens et il est très difficile d’avancer. Nicolas fait de son mieux pour nous ouvrir un chemin mais ses pas étant trop grands pour nous, il me faut presque toujours en refaire d’autres pour Jo’ et moi. Les jambes commencent à tirer. Nous sommes dans le dur.

Nous hésitons bientôt sur la direction à prendre. Nous voyons bien ce qui devrait être le col à 4610 m, loin devant nous, mais nous ne pouvons remarquer la meilleure voie pour y parvenir. Semblant voir un nouvel amas de pierres au sommet d’un pic à l’ouest, nous prenons une direction qui s’avèrera être un mauvais chemin, un non-chemin pour être précis. Le brouillard redouble son opacité et nous ne voyons plus à dix mètres. Pire, nous ne nous entendons plus à dix mètres alors que Nicolas est parti en éclaireur.

Dans le doute, nous suivons ses traces dans une ascension périlleuse où les pierres bougent sous nos pieds et où les précipices nous tendent les bras. Après un temps démesurément long où nos nerfs sont mis à rude épreuve, presque autant que nos muscles, nous finissons pas rejoindre Nicolas. Il nous informe qu’il a essayé de nous crier de faire demi-tour, que le chemin était trop difficile, mais que le brouillard couvrait sa voix. Peu importe, nous sommes tous passés.

Ce n’est qu’arrivés en haut d’un nouveau flanc rocheux, surplombant les autres de peu, que nous réalisons notre erreur. Au loin, un groupe redescend du col et nous fait comprendre où se situe le véritable chemin. Nous partons aussitôt dans sa direction pour le rejoindre, gagnant ainsi en confort et sécurité pour le reste de l’ascension. Nous venons de perdre une bonne heure et demie à patauger dans la navigation himalayenne et nous pouvons désormais en rire. C’est bon de relâcher un peu la pression accumulée.

La suite n’est qu’une simple progression dans des traces que le soleil tente de faire fondre pour nous perdre encore. Trop tard, nous voyons déjà le col et ses quelques drapeaux de prières déchirés par le souffle des tempêtes successives qui s’abattent ici. Nous sommes à 4610 m d’altitude, le plus haut point de ce trek.

Comme par magie, le brouillard s’est soudainement levé. C’est un grand ciel bleu qui nous accueille au sommet pour notre plus grand plaisir. Nous sommes toujours entourés de géants de 5000 m et 6000 m mais nous ne nous sentons plus si ridicules à leurs côtés. Nous partageons un instant magique avec ces montagnes si impressionnantes.

La route nous appelle pourtant et nous reprenons notre trek en direction des lacs de Gosainkund que nous apercevons après une nouvelle heure de marche dans la neige. Les lacs sacrés pour les bouddhistes sont complètement gelés à cette époque de l’année, ce qui leur confère des allures de patinoires irrégulières.

Gosainkund est un haut lieu de pèlerinage et nous ne manquons pas à notre devoir : nous faisons tourner les moulins à prières et retentir les cloches qui indiquent notre présence.

Pour marquer le coup, nous dégustons aussi quelques chocolats que j’avais conservés depuis Katmandou pour faire la surprise à Jo’. Un peu de réconfort pour célébrer Pâques à notre façon, avec quelques jours d’avance…

La descente nous conduit ensuite jusqu’au petit village de Laurebina à travers des chemins à flanc de montagne pour le moins fascinants. La beauté du lieu est unique et nous nous perdons cette fois dans l’immensité des hauteurs himalayennes.

Quelques temples et stûpas finissent de nous souhaiter la bienvenue de l’autre côté du col. Nous avons fait le plus dur et tombons dans les bras l’un de l’autre. L’aventure continue.

 

Jour 8 : Laurebina – Thulo Syaphru (5h30)

Gain d’altitude : – 1660 m (altitude max. 3910)

Huitième jour de trek et nous filons à grandes enjambées vers la vallée en contrebas. Un peu trop toutefois puisque, là encore, nous nous égarons en suivant un chemin qui mène droit vers… des toilettes ! Déjà bien rodés par ces contretemps qui nous font rire, nous coupons à travers la forêt, toujours aussi dense à 4000 m d’altitude, et toujours aussi enneigée. Après trente minutes d’hésitations, nous retrouvons le chemin à l’ouest pour descendre de larges sentiers de pierres où la neige fondue se transforme en boue pas très agréable.

Les genoux sont également mis à contribution dans cette journée où le dénivelé négatif est assez impressionnant. Dans l’autre sens, nous croisons des groupes de marcheurs qui utilisent parfois des portages à dos de chevaux ou d’ânes pour faciliter l’ascension.

A mesure que nous descendons, la végétation continue de se bouleverser et nous retrouvons de magnifiques forêts de rhododendrons et des cultures en terrasses. Nous croisons quelques bergers et leurs troupeaux de yacks, ce qui finit de nous faire saliver : c’est décidé, nous achetons aujourd’hui du fromage en arrivant à Sin Gompa !

Il ne nous reste bientôt plus qu’à rallier Thulo Syaphru où se sont encore des drapeaux de prières et des stûpas qui nous accueillent. Par chance, le village où nous posons nos bagages ressemble à s’y méprendre à un vrai village de montagne. Le lodge où nous prenons une chambre est même une véritable maison avec de vrais habitants !

Passé le cynisme de la situation, il est vrai que nous sommes très bien accueillis pour une fois et que nous avons nos premiers échanges avec des locaux depuis fort longtemps. Ceux-ci préparent d’ailleurs une célébration annuelle pour laquelle ils sculptent, avec du riz et du beurre de yack, de petites statues de rituel. Les murs sont recouverts de photos des enfants de la famille qui dorment à même le sol de la salle à manger. On nous fait goûter un alcool au goût indéfinissable et le thé au lait est excellent.

Pas de doute, nous nous réconcilions un peu avec les Népalais des montagnes. Pourvu que cela continue sur les sentiers du Langtang que nous arpenterons dès demain pour une remontée progressive au-dessus des 4500 m que nous devrons gagner en arrivant à Kyanjin Gumba, à quelques encablures du Tibet.

Une réflexion au sujet de « Trek dans l’Himalaya : Gosainkund 2/3 »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.