Trek dans l’Himalaya – Helambu 1/3

Fiers de notre superbe équipement acheté à Katmandou, nous nous sentons prêts à soulever des montagnes. Nous partons cette fois dans les hauteurs himalayennes, bien au nord de Katmandou, la capitale népalaise. Nous avons choisi de partir pour deux semaines de trek dans plusieurs zones protégées du pays. Aussi traverserons-nous le parc national de Shivapuri avant de pénétrer dans l’Helambu, de découvrir les lacs gelés de Gosainkund et de goûter aux beautés du parc national du Langtang.

 

Cette partie concerne les jours 1 à 5 du trek, consacrés à l’Helambu.

 

Jour 1 : Katmandou – Sundarijal (1h en bus) puis Sundarijal – Chisapani (5h30)

Gain d’altitude : + 970 m – 265 m (altitude max. 2430 m)

Nous finissons de boucler nos sacs, alourdis pour l’occasion, et quittons notre hôtel de Thamel. Bonnets, vestes polaires, pantalons polaires, céréales, biscuits et bouteilles d’eau sauront nous accompagner au mieux dans cette nouvelle aventure. Et c’est à Katmandou que tout commence puisque, non loin de l’office de tourisme où nous avons déboursé plus de cinquante euros en permis et autorisations diverses (et pour le moins injustifiées), nous rejoignons la gare routière. De là, nous sautons dans un bus, direction Sundarijal, aux pieds des montagnes.

La balade dure environ une heure et nous permet de traverser la capitale est ses banlieues peuplées de nombreux camps militaires et de marchés animés, à défaut d’être aussi colorés qu’en Inde. Les routes ne sont pas en si mauvais état que le bus qui nous conduit et nous sommes bien heureux de gagner rapidement notre destination de bonne heure.

Nous choisissons, comme nous le ferons tous les jours durant ce trek, de marcher par demi-journées. Un départ matinal nous permet de mieux profiter de l’après-midi mais aussi de nous reposer ou encore d’éviter la pluie qui s’abat quotidiennement à partir de quinze heures dans les montagnes de la région.

La première journée n’est franchement pas de tout repos. Nous attaquons directement dans le vif du sujet avec un dénivelé très important qui nous met tout de suite dans l’ambiance. Ce n’est certes pas si difficile que les volcans d’Indonésie, mais les Népalais ont la fâcheuse tendance à estimer que des marches faciliteraient notre ascension. Hélas, elles ne sont jamais adaptées à personne. Trop peu régulières, elles cassent seulement un rythme que l’on n’a pas encore trouvé.

Heureusement, la chaleur n’est pas trop accablante et nous avançons rapidement dans le parc national de Shivapuri Nagarjun dédié à Shiva, comme son nom l’indique. De nombreux Népalais nous accompagne dans cette première partie de la journée. Le parc est en effet situé non loin de la capitale et des groupes, notamment des écoles, y viennent pour la journée. Ils sont toutefois un peu bruyants et ne collent pas vraiment à notre idée de randonnée dans les montagnes du toit du monde…

Débarrassés de tous les éléments perturbateurs, nous finissons par gagner nos premiers villages. Les maisons sont déjà très isolées et leurs habitants s’occupent de leurs cultures en terrasses. Nous sommes toujours en saison sèche mais les décors parlent d’eux-mêmes et c’est toujours avec autant de fascination que nous découvrons ce travail de nivellement incroyable que l’homme est parvenu à maîtriser pour dominer les pentes montagneuses.

Côté contact humain, en revanche, ce n’est pas ça. Nous sentons que nous dérangeons, que les villageois sont blasés de la présence des occidentaux et ils ne nous adressent à peine la parole. Dommage.

Nous finissons donc de traverser le village de Mulkarka avant d’attaquer le col de Borlang Bhanjyang qui culmine à 2430 m. L’ascension s’effectue à un rythme lent mais sûr à travers des forêts, notamment de pins, qui enchantent nos sens après la pollution rencontrée à Katmandou. Nous avons même la chance d’apercevoir des cerfs courir à quelques mètres de nous. Pas mal.

Ce n’est ensuite plus qu’une formalité pour rallier Chisapani, à la sortie du parc national, première ville étape de notre trek. Là, seconde déception de la journée, le village n’a rien d’authentique. Il ne s’agit en effet que d’une succession d’hôtels sans âmes avec des écritures criardes censées ameuter le touriste.

La nourriture n’est franchement pas donnée (ce qui se comprend puisqu’il faut acheminer toutes les denrées à dos de porteurs depuis la vallée) mais compense avec une chambre quasi offerte. Nouilles ou riz frit, dal bhat, le plat national ou soupe pour les moments les plus frais, voilà quelle sera notre alimentation pour les quinze jours à venir, il faudra nous faire une raison…

 

Jour 2 : Chisapani – Thotudanda (6h)

Gain d’altitude : + 510 m – 475 m (altitude max. 2340 m)

De bonne heure, encore une fois, nous nous levons avec le soleil afin de poursuivre notre route, à présent dans les cols de l’Helambu, région rurale et montagneuse du nord-est de Katmandou. Ici, les maisons sont faites de pierres et de bois, souvent de tôle aussi pour la toiture. Une petite cheminée extérieure laisse toujours échapper une faible fumée en provenance d’une cuisine sombre où une théière n’en peut plus de bouillir.

Nous traversons ainsi les villages de Pati Banjyang et de Chipling. Là, les enfants réclament du chocolat en nous voyant pendant que leurs parents, totalement indifférents, s’affairent dans des champs dorés par les premières lueurs du soleil. Une fois de plus, nous sommes déçus par les villageois mais rassérénés par les paysages que nous traversons et qui sont fidèles à ce que l’on imaginait.

Au milieu de la matinée, nous découvrons nos premières forêts de bambous du Népal. La végétation change à mesure que nous prenons de l’altitude et des chemins de pierres viennent assombrir le tableau jusque là si paisible. Pire que les marches, les pierres sont déposées sur le chemin dans un désordre dangereux et pas toujours très stable. Nous finirons pourtant bien par en venir à bout et gagner Thotudanda où nous passerons cette deuxième nuit du trek.

Avant cela, et alors que nous sommes à table dans notre petit lodge perché sur une colline, nous retrouvons Nicolas, un Belge de Bruxelles, qui fait le même trek que nous en solo. Nous l’avions rencontré la veille en arrivant à Chisapani, à jouer de la guitare sur un rocher. Le personnage, fort sympathique, s’arrête pour nous saluer et s’en vient finalement à poser ses affaires pour la nuit. Il a passé une journée difficile due à une intoxication alimentaire : pas facile de grimper dans ces conditions.

Le soir venant, nous sommes rejoints par un trio insolite, composé d’une Polonaise, d’une Norvégienne et d’un Roumain, sans oublier leur guide, naturellement. Nous sommes très peu nombreux à effectuer ce genre de trek, sans guide ni porteur, au Népal. Il n’y a pourtant rien de bien compliquer et la route semble très bien indiquée jusqu’à présent, étonnant que nous ne soyons pas plus à le faire…

Avec ce trio sympathique, et surtout avec Nicolas qui nous apprend des jeux de cartes népalais, nous passons une très bonne soirée au coin du feu alors qu’un orage suivi d’une tempête incroyable éclate au-dessus de nos têtes. Nous osons à peine sortir pour voir les montagnes se dégager au loin dans un éclat de lumière venant transpercer la nuit.

Il fait déjà très frais à cette altitude et nous ne refusons pas les grosses couvertures que nous proposent les propriétaires. Nous semblons être les seuls à ne pas disposer de sacs de couchage ici. Peu importe, nous parvenons à nous endormir facilement.

 

Jour 3 : Thotudanda – Kutumsang (2h50)

Gain d’altitude : + 400 m – 130 m (altitude max. 2600 m)

Levés entre cinq et six heures du matin, nous assistons à un magnifique lever de soleil par-delà les montagnes et dans la brume printanière. Les drapeaux de prières finissent de parfaire ce cadre idyllique et nous sommes de nouveau sur les routes en moins de temps qu’il ne faut pour le dire.

Cette fois, c’est officiel, nous ferons la route avec Nicolas. Il est nettement plus rapide que nous (avouons-le, plus rapide que Jo’ qui donne le rythme) mais n’hésite pas à nous attendre et ne souhaite pas trop forcer sa marche tant il se sent fébrile. De notre côté, nous commençons à ressentir les premières courbatures dans les jambes et les fesses.

Aujourd’hui, nous traversons les campagnes et notamment de nombreuses cultures en terrasses qui semblent parsemer tous les flancs de montagnes qui se perdent dans un horizon que le brouillard aura bientôt rattrapé. Le chemin que nous suivons se faufile le long d’une crête d’où l’on commence à apercevoir quelques sommets impressionnant autour de nous.

Nous profitons également de nos passages dans les rares villages que nous traversons encore au petit matin pour nous rafraîchir avant de plonger dans nos premières forêts de rhododendrons. Saison oblige, ils sont tous en fleurs et c’est un ravissement pour les yeux.

Kutumsang, nouveau village étape. En réalité, rien de plus qu’un nouvel amas de lodges sans grand intérêt. Le soleil étant au rendez-vous, nous trouvons tout de même le temps l’après-midi de faire une petite lessive et de bronzer un peu dans le jardin de la maison que nous occupons. Les conversations avec les locaux sont toujours aussi sommaires mais les touristes avec qui nous prendront le dîner ne nous inspirerons pas davantage.

Encore une fois, c’est devant la beauté des premiers sommets enneigés que nous nous réfugions pour savourer ce trek. Devant nous, le Dorje Lapka et ses 6966 mètres se dresse fièrement et nous sécurise pour la nuit à venir. Nous pouvons dormir tranquilles.

 

Jour 4 : Kutumsang – Mangengoth (3h25)

Gain d’altitude : + 950 – 135 m (altitude max. 3420 m)

Ce matin, nous ne pouvons résister au plaisir de faire une farce à Nicolas. Nous partons de bon matin, alors qu’il dort encore, et chargeons un Népalais de lui dire que nous avons repris le chemin de Katmandou devant la trop grande difficulté du trek. Malheureusement, ce qui n’était qu’une blague pour nous n’est pas loin de se produire pour lui. Nicolas chargera dans la journée quelques marcheurs de nous dire, plus loin sur la route, qu’il a préféré rester une journée de plus à Kutumsang et qu’il espère nous retrouver en chemin un jour prochain.

C’est donc bien seuls que nous effectuons cette petite étape du jour qui nous conduit tout de même à nos premiers grands froids. Les paysages de la journée sont un peu moins variés que les premiers jours mais l’on traverse néanmoins de belles forêts de rhododendrons et de sapins.

Mangengoth, que nous gagnons rapidement en milieu de matinée, se situe déjà à 3420 mètres d’altitude. La fumée sortant de nos bouches n’en finit pus de confirmer le postulat de départ : il fait froid et nous ne sommes sans doute pas assez équipés. Pour le plus grand bonheur de la femme du lodge que nous occupons, nous achetons des gants en laine, doublés en polaire… ils s’avèreront bien utiles pour les jours à suivre.

Johanna choisit de passer une partie de son temps avec les enfants de la maison, comme à son habitude, pendant que je tente de parler aux habitants près du poêle de la cuisine. Il faut dire que les après-midi peuvent durer très longtemps, surtout lorsqu’on fait de courtes étapes. Aussi, nous décidons, après le déjeuner, de partir à la recherche du panda roux. Les pancartes disent qu’il est ici dans son habitat naturel et qu’il est aisé d’en apercevoir.

Nous nous enfonçons alors dans la forêt, dans un enchevêtrement de racines à faire saliver les mangroves. La neige qui habille les pentes de l’Helambu couvre le bruit de nos pas pour plus de discrétion. Pourtant, fable ou manque de chance, nous rentrons bredouilles au prix toutefois d’une belle balade

 

Jour 5 : Mangengoth – Ghopte ( 4h30)

Gain d’altitude : + 405 m – 260 m (altitude max. 3690 m)

Cinquième jour du trek et nous continuons à grimper toujours plus haut. Les forêts de sapins et de tecks partagent à présent notre quotidien. Nous franchissons également nos premières rivières qui jaillissent, déchaînées, des moindres interstices de la montagne. La neige nous accompagne aussi occasionnant parfois de belles glissades.

Les villages sont désormais inexistants et nous ne trouvons que des refuges en haut de chaque col. Le plus élevé du jour est le Thadepati pass à 3690 mètres d’altitude. Arrivés à son sommet, le ciel décide de ne pas nous faciliter la tâche. C’est une pluie de grêle qui s’abat sur nous pendant la fin de notre matinée, nous forçant même à nous réfugier sous des rochers protecteurs à mi-chemin.

Mais la tempête de petites pastilles de glace ne se calmera pas et nous serons bien obligés de poursuivre sur des pentes savonneuses, saupoudrées de chemins de pierres tortueux pour nos chevilles. L’avancée est ralentie mais nous ne flanchons pas, même dans des descentes enneigées qui n’ont rien pour nous plaire.

Avant que la tempête ne redouble d’importance, nous optons pour la décision qui nous semble la plus sage. Nous coupons l’étape du jour et nous arrêtons à Ghopte pour ne pas prendre de risques inutiles. Notre choix est même salué par l’arrivée, au prix d’un bel effort et plus tard dans la soirée, de Nicolas, qui aura fait une belle étape double pour nous retrouver avant d’attaquer les plus hauts sommets du trek et les lacs de Gosainkund.

C’est donc au son d’un concert improvisé par notre ami belge et sa guitare que nous soufflons un peu autour d’un feu (d’ailleurs particulièrement efficace pour réchauffer nos vêtements trempés) avant d’entreprendre la partie la plus difficile de cette aventure. Dehors, la tempête n’en finit plus et nous confions nos souhaits aux drapeaux de prières qui servent de derniers remparts dans cette partie à présent complètement isolée du monde.

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