Trek dans l’Himalaya : Langtang 3/3

Cette partie concerne les jours 9 à 14 du trek, consacrés au Langtang.

 

Jour 9 : Thulo Syaphru – Rimche (5h30)

Gain d’altitude : – 450 m + 650 m (altitude max. 2450 m)

En quittant Thulo Syaphru ce matin, nous rejoignons un des treks les plus fréquentés du Népal. Certes moins parcouru que les Annapurnas ou que le camp de base de l’Everest, le Langtang est tout de même très apprécié des visiteurs étrangers. Et cela ce voit : le chemin s’élargit (impossible de se perdre dorénavant), des points de contrôle de l’armée ponctuent le chemin régulièrement, des inscriptions nous invitent à respecter l’environnement un peu partout et, surtout, le nombre de lodges et de restaurants se démultiplient.

Nous étions habitués à trouver un ou deux refuges de ce style en haut de chaque col, il y en a désormais plus d’une dizaine dans chaque groupement, beaucoup plus resserré en distance. On ne peut plus faire un pas dans un « village » sans se faire alpaguer au son de « have a rest », « you want tea ? », « take breakfast ! » et autres phrases du genre. Pas même de bonjour en général, les vautours guettent et s’ils ne nous prennent pas, d’autres le feront sans doute. Hélas pour eux, nous ne sommes pas des proies faciles. Nous ne nous arrêtons que pour manger nos propres vivres, ce qu’on trimbale dans nos sacs depuis Katmandou. Pour le thé, on attend d’être arrivés à la fin de l’étape quotidienne en nous contentant d’eau sur le chemin. Tous les jours, nous purifions ainsi quatre litres d’eau issus des montagnes himalayennes (ce qui nous fait aussi de belles économies puisque le litre d’eau minérale peut ici s’élever à 2,5 € la bouteille !).

Nous tirons donc définitivement un trait sur le plan humain de ce trek, les plus belles rencontres étant sans conteste réalisées entre marcheurs d’horizons variés.

La descente, après Thulo Syaphru, nous conduit sur notre premier pont suspendu du trek. Il nous permet de franchir la rivière Langtang Khalo que nous suivrons pendant la semaine à venir, jusqu’à Kyanjin Gumba. Fini le temps des ponts en bois, et des frayeurs qu’ils pouvaient occasionner, ici tout est métallique et rassurant. La rivière sous nos pieds serpente dans un canyon verdoyant de chênes et de mélèzes notamment.

Sur le pont, sont accrochés des drapeaux de prières multicolores avec toutes leurs habituelles inscriptions sacrées afin que les mantras des fidèles accompagnent les pèlerins dans leur marche. Le pays est à majorité hindou mais le bouddhisme est très présent dans les montagnes et cela se ressent encore plus dans le Langtang.

 

La rivière se gonfle d’orgueil à nos côtés et crache à présent d’impressionnants rapides. Elle s’alimente de toutes les cascades qui la rejoignent depuis les flancs des montagnes de part et d’autre. Le cadre du trek a complètement changé en quelques jours (à vrai dire en quelques heures) et le dépaysement est constant.

A l’heure du déjeuner, nous décidons d’écourter l’étape et de poser nos bagages à Rimche après tout de même cinq heures trente de marche. Les courbatures du passage du col de Laurebina et de la descente qui a suivi se font bien sentir et nos muscles demandent une trêve que nous leur accordons volontiers.

Le soir, nous faisons la connaissance de deux Français, récemment retraités, Mireille et Jean-Marc. Ils font le même trek que nous dans l’ensemble, mais naturellement dans l’autre sens, beaucoup plus facile et logique. Ils sont accompagnés, pour leur part, d’un guide et d’un porteur. Le couple de médecins est fascinant. Ils n’ont jamais cessé d’arpenter les montagnes et sont une véritable mine d’informations pour les treks à effectuer, notamment au Népal en Inde ou encore au Pakistan. C’est un bonheur de les écouter parler de leurs aventures en toute simplicité autour d’une bonne tasse de thé au lait, près du poêle central de la salle à manger, avant que la nuit ne tombe.

 

Jour 10 : Rimche – Chyamki (3h)

Gain d’altitude : + 780 m (altitude max. 3230 m)

Dixième jour de trek. Nous sommes bien ragaillardis et ne sentons qu’à peine le dénivelé que nous propose le Langtang ce matin. Nous continuons de suivre la rivière et les cascades se font plus grandes et plus belles à mesure que nous progressons en altitude. Nous retrouvons également des sommets enneigés que nous pouvons apercevoir au fond du canyon.

Si la neige a bien fondu, nous rencontrons toujours autant de yacks. Même des bébés que nous pouvons approcher sous l’œil vigilant de leur maman qui surveille non loin. Ces yacks, nous les imaginions plus gros, en réalité. Plus petits que des chevaux et moins gros que des vaches, ils ne sont remarquables que par leurs cornes parfois menaçantes. Pour leur progéniture, en revanche, pas de souci, ce sont des agneaux (demandez à Jo’ s’ils ne sont pas trooop mignons…).

Autour de nous, des grappes de chevaux sont aussi en liberté. Ils sont magnifiques, bien qu’un peu maigres, et nous rappellent la présence du Mustang voisin.

Après de nouveaux ponts suspendus, nous posons une nouvelle fois nos sacs dans un refuge qui semble idéal : isolé sur un flanc de montagne, vue sur la rivière et les sommets avoisinants, calme et paisible. Une nouvelles fois, l’hospitalité n’est pas au rendez-vous. Le type du lodge croit bon de sans cesse changer le deal initial pour tenter de soutirer un maximum d’argent. Il essaie bien de faire partager la chambre de Nicolas avec d’autres marcheurs, de nous faire prendre un lit simple pour un lit double pour qu’on se serre avec Jo’, rien n’y fait, nous sommes blindés et n’attendons que le lendemain pour fuir le lieu et retrouver nos montagnes, comme chaque jour.

Heureusement, les enfants du coin n’ont pas encore la même mentalité que leurs parents et un air de guitare suffit à leur donner un sourire qui nous ravit. Il en faut peu, autant pour eux que pour nous, pour retrouver du baume au cœur.

 

Jour 11 : Chyamki – Kyanjin Gumba (3h30)

Gain d’altitude : + 600 m (altitude max. 3830 m)

Nouveau réveil matinal. Nous partons alors que le soleil effleure à peine les pointes les plus inaccessibles des plus grands pics du Langtang. Autour de nous, les animaux dorment encore. Seul le tumulte de la Langtang Khalo se fait entendre.

Le paysage se découvre peu à peu et c’est un extraordinaire plateau de moyenne montagne qui se livre à nous. Les flancs déboisés des montagnes nous semblent d’une aridité extrême en comparaison de ce que nous avons vu jusque là. À nos pieds, la végétation se raréfie également et l’on ne trouve que des arbustes et de l’herbe jaunie dont raffole chevaux et yacks.

Les contrôles militaires se multiplient sur le chemin et l’on nous demande fréquemment nos permis de trek. Nos noms sont consignés dans un grand registre qui sert davantage au décompte des visiteurs annuels qu’à notre sécurité, objectif pourtant annoncé de ces autorisations délivrées depuis Katmandou.

Bientôt, nous arrivons au bout de la vallée de Langtang. Kyanjin Gumba nous ouvre ses portes, petit village perdu au cœur des montagnes. Nous sommes nichés au centre de nouveaux géants qui dépassent souvent les 6000 m et parfois bien davantage comme le Langtang Lirung qui nous protège du haut de ses 7227 m.

Sur les sommets, où que l’on regarde, la neige est parfaite et semble éternelle. Nous avons une incroyable chance d’avoir un ciel totalement dégagé en cette matinée idéale en forme d’achèvement de trek. Pourtant, nous souhaitons côtoyer d’un peu plus près les étoiles et nous mettons en quête d’un nouveau sommet avec Nicolas.

Bien vite toutefois, nous ferons marche arrière. Au milieu de notre ascension, nous croisons un groupe de Flamands dont une femme s’est blessée à la jambe. Nicolas, en bon compatriote, propose de la porter un peu pour regagner le village et je tente d’aider du mieux que je peux. La montagne nous lance des avertissements : le trek n’est pas terminé et nous sommes bien faibles face à toute cette démesure.

 

Jour 12 : Kyanjin Gumba – View Point – Kyanjin Gumba (3h)

Gain d’altitude : + 700 m – 700 m (altitude max. 4530 m)

Nous repartons aujourd’hui à l’assaut du pic dont nous n’avons point vu le sommet hier. Cette fois rejoints par Johanna qui souhaite observer le village vu du ciel, nous reprenons notre marche vers des hauteurs qui nous conduisent pour la seconde fois au-dessus des 4500 m.

Le souffle est court et les pas sont lents mais, une nouvelle fois, la récompense est merveilleuse. Ce nouveau point culminant nous offre une vue panoramique fabuleuse sur les glaciers, les crêtes et les géants tibétains à quelques cinq kilomètres de là.

Nous sommes encore accueillis par des drapeaux de prières auxquelles nous joignons les nôtres pour nos proches, qu’ils soient de France ou d’ailleurs.

La beauté du Langtang est extraordinaire et nous sommes fiers d’être parvenus jusqu’ici, dans un cadre onirique qui ne se laisse deviner que pas à pas pour mieux être apprécié. Nous savourons, à n’en plus nous arrêter, la chance que nous avons de découvrir ce nouveau trésor de la nature. Les mauvais aspects du trek sont vite effacés face à ce que nous ressentons à présent. Nous ne regrettons en rien cette aventure himalayenne dont nous rêvions tous les deux depuis longtemps.

 

Jour 13 : Kyanjin Gumba – Rimche (5h10)

Gain d’altitude : – 1380 m (altitude max. 3830 m)

Cette fois, il nous faut redescendre par le même chemin pour rejoindre la vallée d’où nous gagnerons la capitale. En une matinée, nous effectuons ce que nous avions mis deux jours à monter. Les falaises sont toujours aussi impressionnantes. Les cascades n’en finissent plus de se jeter dans la Langtang Khalo. Les animaux nous saluent une dernière fois.

Le chemin est encore placé sous la protection des prières bouddhiques avec nombre de moulins à eau et de stèles alignées sur des centaines de mètres, tout au long des sentiers du Langtang.

Le soir, nous nous retrouvons une dernière fois autour du poêle chaud de Rimche avec Nicolas, Mireille et Jean-Marc comme des adieux lancés à la montagne. Cette fois, plus rien ne saurait nous ralentir, d’autant que le temps se gâte pour ne nous laisser aucun regret.

 

 

Jour 14 : Rimche – Syaphru Besi (4h30)

Gain d’altitude : – 950 m (altitude max. 2450 m)

C’est, sous des trombes d’eau, que nous gagnons aujourd’hui Syaphru Besi, beaucoup plus bas dans la vallée. Les pentes sont extrêmement glissantes et le chemin est tapissé de pierres instables et de racines masquées sous des feuillages trompeurs.

Nous ne prenons aucun risque et traversons nos derniers ponts suspendus du trek ainsi que quelques champs de cannabis sauvages avant de rejoindre la civilisation. Demain, nous serons rentrés, pour ainsi dire chez nous, à Katmandou.

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